Kamishibaï à la Petite Bibliothèque Ronde

Posté par Michèle Valentines, le Vendredi 4 novembre 2016

Il n’y a pas de semaine où le kamishibaï ne soit présenté au public de la Petite Bibliothèque Ronde. La Petite Bibliothèque Ronde, bibliothèque jeunesse née en 1965, a été l’une des premières en France à posséder des kamishibaï et à les présenter à son public – les enfants de 0 à 14 ans. Des personnalités telles que Geneviève Patte, Marie Charlotte Delmas ont contribué à la découverte de ce théâtre d’images en France. La Petite Bibliothèque Ronde a, depuis ses origines, la volonté de présenter aux enfants l’excellence de la littérature jeunesse, les plus beaux contes, ainsi que les plus belles créations du passé et du présent pour faire découvrir la beauté, l’art, la science et la philosophie et ainsi permettre aux enfants d’appréhender le monde d’aujourd’hui et de demain dans toute sa complexité.

Il est présenté dès le plus jeune âge (les 0-3 ans) dans les projets avec les crèches, l’école maternelle, ce projet se poursuit à école élémentaire, au collège et auprès d’une classe de jeunes adolescents présentant des troubles d’autisme. Tous ces projets sont précieux et importants pour notre bibliothèque. Nous possédons un superbe fonds, la passion pour l’exploiter et un public merveilleux de générosité, d’exigence et du goût de la découverte. De plus, nous avons le bonheur et la chance d’être soutenu par l’association Ikaja qui, en plus de sa confiance, nous apporte un soutien précieux pour le choix des kamishibaï ainsi que de précieux conseils pour la pratique du kamishibaï.

Je voudrais ici relater des petits instantanés de projet autour du kamishibaï. Petits projets par leur ampleur, leur retentissement et le nombre des enfants concernés, mais grand projet pour notre implication, notre professionnalisme et notre enthousiasme à nous y investir et les suites qu’ils engendrent.
Tout d’abord l’un des moments les plus forts et les plus sombres de 2016.

Nous devions présenter de longue date un ensemble de kamishibaï devant une classe d’école élémentaire à Meudon. Nous avions choisi les histoires, répété et préparé le butaï, tout était prêt le vendredi pour la découverte du mardi après-midi. Et ce vendredi-là, la violence, la terreur et la mort se sont données rendez-vous à Paris. Les enfants comme nous tous avons été confrontés aux images, aux larmes et à cet effroi indicible des témoins de violence gratuite, terrible et incompréhensible parce que violence humaine, d’hommes sur autres hommes. Ce jour-là, notre monde a comme retenu sa respiration.

Donc nous voilà après ces événements-là, devant cette école, indécis, incertains comme Ko debout, mais nous sommes là, certains de pouvoir compter sur nos kamishibaï pour au minimum offrir un instant d’ailleurs à ces jeunes enfants. Les institutrices, la directrice, tout le monde nous remercie d’être venus, nous installons notre butaï posé sur un lourd tissu qui dissimule la table, les même gestes, le même rituel, les enfants cessent de bouger, de parler, nous écoutent… Le moment peut commencer, doucement les portes du butaï s’ouvrent et l’histoire commence : Le Roi Canard - comment petits et faibles peuvent tous ensemble lutter contre la violence et l’arbitraire, Yamamba, où l’expérience, l’intelligence prennent le dessus d’une terrible ogresse, Le vrai père, l’expression du pur amour paternel, Foutchan – qu’on pense trop petite pour faire de la luge mais qui vivra une immense aventure avec des animaux bienveillants qui la protègent … les histoires se suivent les unes après les autres toujours le même silence, la même écoute précieuse, les sourires, les rires… et pour finir Tous ensemble et Paaf. Jamais je n’avais ressenti un tel moment de grâce. Jamais je n’avais ressenti le kyokan de façon si présente, si forte. Nous ne formions qu’un seul groupe comme une respiration, un battement, un claquement de mains si synchronisé comme si nous n’étions plus qu’un seul cœur, ensemble. Je pense ce jour-là, avoir si bien ressenti le pourquoi du kamishibai, son pouvoir sur les cœurs et sur les âmes. Dans ces instants de malheur, nous venions d’offrir aux enfants un moment de calme, d’espérance dans l’humanité et semer l’espoir que des ténèbres, on sort plus fort.

Je voulais aussi relater un projet avec un groupe d’adolescents autistes de la fondation Vallée. Ils étaient particulièrement touchés par Blanc, le petit chat, chat différent de ces frères qui voudrait tant être comme eux et ne plus être différent. Les séances avec ces jeunes étaient si riches d’émotions et de sens que je crois avoir vu là la plus belle interaction entre le kamishibaï et son auditoire, la plus belle écoute de ce public pourtant considéré comme différent. Ils étaient sensibles aux illustrations qu’ils trouvaient pleines de sens et aussi épurées. Ils remarquaient qu’on ne pouvait rien y enlever sans enlever du sens. Existe-t-il plus belle explication au talent remarquable des artistes créateurs des kamishibaï ? L’apparente simplicité de l’illustration qui rend la lecture d’images limpide, claire et résonnante avec le texte, comme un silence sur une partition rend la musique plus riche d’émotions et de sens. Une des plus belles réussites du kamishibaï est de rendre son public réactif du cœur, de l’esprit et de l’âme.

En ces moments d’incertitudes, de violence et de doutes qui rendent le monde difficile à comprendre, il est heureux que les enfants puissent rencontrer le kamishibaï. Parce qu’il est sage de vouloir dire le monde aux plus jeunes, de leur enseigner la beauté, la générosité et la confiance dans l’avenir. Faisons tout pour que plus d’enfants aient la chance de découvrir le kamishibaï, nous faisons ainsi le pari que le monde s’en portera mieux.

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Aujourd’hui, partageons nos idées, nos expériences, nos questions et suggestions. Partons à la découverte de pratiques enthousiasmantes, d’innovations surprenantes. C’est ainsi qu’il faut aborder le présent et l’avenir pour que la lecture soit une fête ouverte à tous. Geneviève Patte
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