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Les aide-bibliothécaires

Posté par Roxane Schaeffer, le Vendredi 5 juin 2015

Ces dernières semaines, pas un seul jour ne passe à la bibliothèque, sans qu’un enfant ne vienne à la banque de prêt demander à être aide-bibliothécaire. Ce n’est pas toujours demandé de manière aussi claire, beaucoup se contentent d’un « est-ce que je peux vous aider ? », ou encore « est-ce que je peux travailler à la bibliothèque ? », voire « est-ce que je peux m’asseoir là »,- le « là » désignant la chaise du bibliothécaire, le graal absolu.

Le retour de cet engouement est récent, il a deux mois tout au plus. Avant cela, des téméraires se risquaient à proposer leur aide mais le passage derrière la fameuse banque de prêt n’était souvent qu’un acte isolé, -sans complice, ni récidive.

Pourtant le concept n’est pas nouveau et fait même partie de l’ADN de l’expérience clamartoise depuis ses débuts en 1965. Il s’inspire directement des pratiques de l’Heure Joyeuse, première bibliothèque jeunesse installée à Paris en 1924. La philosophie est simple : l’enfant-lecteur est invité à ne pas être seulement un utilisateur mais à être un acteur de ce lieu à-part qu’est la bibliothèque. Il est donc invité à assurer le bon fonctionnement de l’établissement par son comportement, cela va de soi, mais aussi par sa participation aux missions du lieu comme le prêt, le retour et le rangement des documents. Aujourd’hui s’ajoute la gestion des sessions informatiques et du parc de tablettes notamment.

Difficile de dire ce qui a rendu son prestige au rôle d’aide-bibliothécaire. Sans doute un enfant qui s’ennuyait auquel l’équipe a proposé de faire quelques tâches et qui s’est pris au jeu. La fierté de se voir confier un rôle assuré en temps normal par un adulte a commencé à susciter des envies et des jalousies. On a même vu revenir à la bibliothèque des plus grands qui avaient déserté les lieux au profit du terrain de foot pour faire aide-bibliothécaires.

Incontestablement, la responsabilité accordée dans ce cadre répond au besoin des enfants d’être pris au sérieux par les autres enfants et surtout par les adultes. Ils ont à cœur d’être autonomes dans des tâches qui ne sont ni scolaires ni domestiques. Cela ne signifie pas que le rôle ne demande pas de prérequis, mais chacun met son sérieux à comprendre le système de classification, le fonctionnement des inscriptions au multimédia et le logiciel de gestion des collections. Alors qu’il n’y a pas véritablement d’enjeux, les enfants les plus turbulents s’avèrent souvent les plus motivés à remplir leurs missions. Et il y aurait beaucoup à dire du zèle que mettent certains à asseoir leur autorité… !

A travers cette expérience, les enfants prennent conscience du travail des bibliothécaires, du fonctionnement général du lieu et de l’importance du respect des consignes. Ils sont plus enclins à faire respecter le calme, même lorsqu’ils ne sont pas aide-bibliothécaires. Ils apprennent aussi à trouver leur place dans le groupe. On imagine bien le challenge que représente pour une fillette de 8 ans d’aller dire à des garçons de 12 ans que leur session d’ordinateur est terminée.

Il est certain que faire intervenir les enfants de cette manière-là demande du temps, et un peu de patience, mais les résultats sont rares et précieux.

Tombé au champ d’honneur.

Posté par Michèle Valentines, le Mercredi 3 décembre 2014

Mon histoire commence ici.

Un mercredi matin arrivent une maman et sa fille de trois ans. Après moult hésitations, la mère finit par s’approcher de la dame de la bibliothèque ; la petite fille la suit tenant un livre à la main : Où est Spot, mon petit chien ?

Elles n’ont pas l’air très à l’aise et semblent avoir envie d’être à des kilomètres de là. Donc la dame de la bibliothèque apprend qu’il y a eu un grand malheur : cette petite fille a déchiré une page. «Je lui avais dit de faire attention pourtant.»
Cette petite fille adore ce livre, elle l’aime, le dévore, tourne les pages – un peu trop vite -, soulève les petits volets – un peu trop fort -, raconte l’histoire à ceux qui veulent bien l’écouter. «Elle aime trop ce livre, je suis désolée mais je vais le rembourser.»

En résumé, voilà le problème : une page déchirée, une grosse réparation au ruban adhésif.
Un simple coup d’œil suffit : le livre est perdu.

Question : et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Voici notre réponse.

1. On rassure la maman : non, vous n’allez rien rembourser, pas d’amende non plus.

2. On prend un petit bout de papier, on écrit : «à réparer». Puis on le tend à la petite main qui va le glisser à la page déchirée. Puis nous allons porter le livre dans une boîte rouge, «la boîte des réparations», renommée par les enfants «la boîte à bobos».

3. Tout de suite après, illico, immédiatement, on accompagne enfant et maman dans la salle des petits pour lire les livres choisis par la petite fille. Ce sera un album cartonné – pour faire plaisir à la maman – puis un autre, suivi d’un autre et encore un jusqu’à finir par lire à cette petite fille Chhht de Sally Grindley. A ce moment, je sens la maman qui retient son souffle chaque fois que la petite fille soulève les petits volets cartonnés. Le souffle s’apaise lorsqu’à la fin on referme le livre. Rien de grave n’est arrivé : une fois de plus les lecteurs ont échappé à l’ogre… et le livre est indemne. Chaque page lue, relue et connue a été traitée avec une certaine douceur, chaque rabat soulevé et abaissé sans trop de précipitation (comment participer à la lecture de ce livre patiemment ?).

4. Après, on passe du temps, beaucoup de temps, à convaincre la maman qu’il faut que la petite fille puisse emprunter des livres, comme à chaque fois. On argumente, on parle et, pour finir, la maman emprunte pour sa fille un ouvrage cartonné auquel la bibliothécaire propose d’y ajouter un autre livre. «Oh non, il est trop fragile celui-là» dit la maman, «elle va encore (encore ?) le déchirer». Mais la petite fille finira par repartir avec les deux livres.

La semaine suivante, le livre revient. Toute joyeuse de nous rendre les livres, la petite fille nous les tend fièrement, «et sans bobos», dit la maman. Fin de la scène.

On ne veut pas faire ici l’apologie du «tant pis pour le livre». Notre métier consiste aussi à apprendre aux jeunes lecteurs le respect du livre, à faire appliquer des consignes simples mais ne souffrant pas la contestation : on ne marche pas sur les livres, on ne lance pas les livres, on ne les déchire pas, on les traite avec respect… Par la force des choses, nous sommes devenus experts dans l’art de la réparation de livres et notre faible budget d’acquisitions ne nous permet pas d’acheter les livres «définitivement morts» d’avoir été trop lus et trop aimés.

Mais pour nous, ce qui compte plus encore, c’est que le livre soit lu, choisi, emprunté, apporté à la maison. Ce qui importe, c’est que cette rencontre entre le livre et ses lecteurs existe. Que ce livre soit aimé, mais aussi dévoré et même peut-être détesté. Mais lu !

Et si, dans dix ans, notre petite fille devenue ado balance un peu vivement sur son lit son Ipad ou sa liseuse ou toute autre nouvelle forme technologique qui servira à lire, brutalise ses propres livres enfournés à la va-vite dans son sac, casse les dos, corne les pages et même – oh, horreur ! – y annote ses réflexions, souligne des passages à l’encre turquoise ou surligne au stabilo fluo, cela voudra juste dire que dans dix ans cette jeune fille sera toujours lectrice… Et c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Aujourd’hui, partageons nos idées, nos expériences, nos questions et suggestions. Partons à la découverte de pratiques enthousiasmantes, d’innovations surprenantes. C’est ainsi qu’il faut aborder le présent et l’avenir pour que la lecture soit une fête ouverte à tous. Geneviève Patte
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